INRP : clap de fin !

08/12/2010 Aucun commentaire

Cette fois, c’est bel et bien la fin. Depuis plus de dix ans qu’on parle de la fermeture programmée de l’Institut national de la recherche pédagogique, cette fois on y est. Le décret de dissolution a été examiné en comité technique paritaire et va passer au Conseil supérieur de l’éducation et au CNESER dans les jours qui viennent.
L’INRP sera dissous au 31 décembre et ce qu’il en reste passera au sein de l’École Normale Supérieure de Lyon (ENSL)… elle même fruit d’une fusion il y a un an entre les deux ENS de Lyon !

Ce que sera l’INRP au sein de l’ENSL ? Un chef de projet travaille actuellement autour de la perspective d’une refondation sous l’appellation « Institut français d’éducation« . Le 1° janvier 2011, je me retrouverai donc personnel de l’ENSL.

Si on m’avait dit…

Alors, qu’est-ce qu’il restera de l’INRP ? Bien malin qui peut le prévoir.
Au moins de beaux locaux, les plus beaux dans lesquels j’ai eu l’occasion de travailler, à l’autre bout du magnifique jardin de l’ENS (ex-Lettres et sciences humaines) à Gerland. Locaux encore tous neufs inaugurés en février 2005 qui, j’espère, feront encore notre bonheur.
Il restera sans doute quelques services, dont par exemple l’édition de revues telles que la Revue française de pédagogie et quelques autres, car sinon, cela reviendrait à liquider quelques rares lieux reconnus d’expression des sciences de l’éducation au niveau francophone.
J’espère aussi la Veille scientifique, dont on me dit gentiment tant de bien.
Peut-être aussi quelques équipes dont l’utilité est reconnue, tel le Centre Alain Savary, ainsi que quelques équipes de recherche… si leurs membres ne se dispersent pas rapidement dans les équipes universitaires environnantes !

En tout état de cause, la fin de l’INRP est à l’image de son pilotage ministériel (au moins depuis que j’y suis, soit 2003) : un mélange de confusion, d’improvisation et d’inconséquence.
C’est sans doute pourquoi, contrairement à d’autres collègues, je ne croyais plus trop à l’avenir de la structure dans son périmètre existant. Avec une collègue du SGEN-CFDT, j’avais commis voilà plus d’un an un texte significativement intitulé « Peut-on et doit-on sauver l’INRP tel qu’il est ?« .

On pourrait proclamer avec ironie qu’on ne pouvait attendre d’un gouvernement qui supprime les IUFM, qu’il soit aux petits soins avec l’INRP. C’est une pirouette sans doute facile mais dont je ne suis pas sûr qu’elle constitue une explication suffisante. Un conseiller d’un ministre d’avant 2002 (et qui n’était pas Claude Allègre !) m’avait par exemple confié avoir déjà débattu en cabinet de la perspective de suppression de l’INRP, finalement abandonnée au profit d’une délocalisation plus « light » de Paris à Lyon (qui sera finalement achevée en 2003).

Il ne fallait pas être grand clerc pour comprendre qu’un établissement public à caractère administratif (puisque tel était le statut de l’INRP) était à la fois trop loin du ministère et trop soumis à ce dernier pour vivre de façon paisible et intelligente.
Il n’est que de constater la politique de nomination des différents directeurs depuis 2003 pour comprendre que le ministère ne savait pas trop quoi faire de cet Institut, sinon y recaser des proches ou des gens qui avaient rendu des services ailleurs.
Nous avons eu successivement depuis 2000 une professeure spécialiste de stylistique, un professeur de littérature française, puis un professeur d’économie des matières premières et enfin un professeur du muséum d’histoire naturelle…
Chacun pouvait être plus ou moins compétent pour manager un tel établissement et avoir plus ou moins d’idées sur l’éducation, mais là n’est pas la question.
Vous imaginez que l’INSERM, le CNRS, l’INRIA ou l’INRA soient pilotés par des directeurs sans lien étroit avec leurs domaines disciplinaires respectifs ? Non ? Et bien ça n’a gêné visiblement personne pour l’INRP, et c’est bien là tout le problème.
Pour la plupart des décideurs, la recherche en éducation ne compte pas vraiment et la recherche pédagogique encore moins (même s’il se trouve qu’on ne fait pas beaucoup de pédagogie proprement dite à l’INRP… mais ça peu de monde le sait…).

Dès lors,  l’INRP, c’est un machin à la tête duquel on peut mettre un peu qui on veut et qui par ailleurs, coûte bien cher pour ce qu’on y fait (quoi exactement ? on a pas envie de le savoir de toutes façons).

Pas mal d’articles et de rapports d’Antoine Prost, de Xavier Pons, d’Agnès van Zanten ou encore de J.R. Cytermann parus depuis deux ans ont très bien montré que le ministère ne savait pas quoi faire de l’INRP, et qu’il avait déjà bien du mal à s’orienter entre son propre service d’expertise et de statistiques au sein de l’administration centrale (la DEP), ses inspections générales et les diverses instances ad-hoc qui vivent et disparaissent au gré des conjonctures (CNCRE, PIREF, HCEE, HCE…).

Des chercheurs ont par ailleurs fantasmé  longtemps sur la transformation de l’INRP en EPST. Traduction pour ceux qui ne sont pas familiers du jargon de l’enseignement supérieur : lui donner le statut d’un organisme de recherche comme le CNRS.
Outre que ce n’est pas vraiment le sens de l’histoire de continuer à créer des organismes de recherche à côté des universités, c’était, de mon point de vue, nourrir bien des illusions sur le statut de la recherche en éducation qui est, en France mais aussi dans bien d’autres pays, récente, fragile, éparpillée et encore trop balkanisée pour disposer d’une légitimité suffisante face aux responsables politiques et scientifiques de tous poils (sur ce sujet, voir aussi cet entretien sur le Café pédagogique).

S’il y a sans doute une nécessité et une urgence sans précédent pour développer la recherche en éducation, tant cette dernière est devenue un enjeu crucial dans les sociétés contemporaines, c’est aujourd’hui un défi à relever plus qu’un ensemble de travaux de recherche à découvrir et développer.
Mais pour relever ce défi, il faut d’un peu de temps et de permanence, à l’opposé des atermoiements continuels de la « politique scientifique » qu’était censée avoir l’INRP.
Il faut aussi comprendre la difficulté d’une recherche dont on exige qu’elle soit à la fois la plus sérieuse au niveau académique et en même temps qu’elle soit en prise directe avec le terrain et enfin utile aux décideurs de politique éducative.
La recherche en éducation ne peut pas se développer tranquillement à l’abri des murs de l’université. On lui demande des comptes tout de suite.

Il a fallu de longues étapes à la médecine pour trouver un équilibre entre sa dimension pratique (clinique) et sa dimension scientifique, mais l’éducation est censée relever ce défi en quelques années, tout en devant tolérer que n’importe quel expert auto-proclamé d’un autre champ se sente autorisé à donner son avis sur l’efficacité des cours de soutien ou de telle ou telle méthode de lecture.

L’ENSL voudra-t-elle relever ce défi ?

Une vie ne suffit pas

06/12/2010 Aucun commentaire

S’il fallait un jour que je change de travail, je regretterai sans doute la chance que j’ai actuellement de gagner ma vie en découvrant de nouvelles idées.

On peut sans doute réussir socialement en gagnant plus d’argent, en faisant des métiers socialement plus utiles, en exerçant du pouvoir, en étant plus célèbre… Mais c’est quand même bien excitant de passer son temps à traquer, rassembler et manipuler des productions de recherche.
Certes, le niveau de ce qu’on lit est très variable, mais c’est toujours un plaisir de progresser dans un champ de connaissances, de comprendre un peu mieux comment il fonctionne, de découvrir les zones cachées ou les terrains en friche.

Connaître, toujours et encore.

De mes premiers enthousiasmes de lycéen qui découvrait l’histoire à aujourd’hui, c’est toujours la même excitation qui est là quand on tombe sur une thèse particulièrement stimulante ou qu’on découvre, tout bonnement, un auteur qu’on avait pas encore eu l’occasion de lire vraiment.

Entre deux lectures de l’actualité dans l’éducation, je prends par exemple le temps en ce moment de picorer quelques pages de Bruno Latour. Plaisir de découvrir ce sociologue de la vie de laboratoire, à côté duquel j’étais passé.

Et dire qu’il y a tant de travaux si intéressants que je connais pas encore !
Une vie ne suffira pas !

Quelle crise, baby

06/12/2010 Aucun commentaire

Sur le plateau de Canal+ l’autre jour, BHL critiquait comme tant d’autres la posture populiste de Mélenchon. Je n’étais pas en désaccord avec tout ce qu’il disait et notamment le fait que, dans le contexte de la présidentielle, il y avait le risque que Mélenchon joue en 2012 le rôle de Chevènement en 2002, et contribue à la réélection de Sarkozy.

Ceci dit, dans le même temps, on voyait un reportage montrant le Tout Paris se presser au café Flore pour l’anniversaire de la revue de BHL, avec Bayrou qui côtoie Jospin, Poivre d’Arvor ou Bruel.  Je sais bien que la plupart de ces gens là passaient en coup de vent comme à tant de rendez-vous obligés et qu’il n’y a pas grand chose de tangible derrière ce genre de pince-fesses. Mais comment ne pas penser à l’image que cela peut avoir quand on nous explique par ailleurs qu’il faut travailler plus longtemps et gagner moins comme seul résultat de la confiance que l’on a accordée à nos « élites » ?

Quand j’entends que le gouvernement espagnol baisse, entre autres,  les salaires de ses fonctionnaires de 5% comment ne pas penser que la première chose que devraient faire des socialistes dans ce cas c’est de dire « on s’est plantés en lâchant la bride aux banques, désolés, on pensait bien faire, on démissionne et on cède la place » ?

Je connais suffisamment la trajectoire de Mélenchon et les gens dans son entourage pour savoir qu’on est loin du « working class hero » qu’on pourrait fantasmer par paresse. De même que je sais trop, pour avoir travaillé avec Claude Allègre, comment les medias adorent ce genre de personnages pour des raisons qui n’ont rien à voir avec la pertinence de leurs propos.

Mais, honnêtement, entre J.L. Mélenchon et Gérard Collomb ou Ségolène Royal, je me demande qui est le plus populiste.

Je ne crois pas aux révolutionnaires, ni aux révolutions, mais il est un peu trop facile de se décréter « réformiste » juste pour couvrir d’une étiquette politiquement correcte l’absence de volonté tangible de bouleverser quoi que ce soit dans les hiérarchies en place.

Il y a aussi une forme de démagogie à stigmatiser d’irréaliste toute esquisse de remise en cause de l’ordre existant.